Est de la RDC|200 000 déplacés et un système de santé en ruines : Le bilan comptable de l’horreur que MSF a déposé sur la table du Conseil de sécurité de l’ONU

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À New York, dans le silence feutré des couloirs de l’ONU, les stylos de luxe glissent sur le vélin. Mais à plus de dix mille kilomètres de là, dans les collines embrumées du Nord-Kivu, le seul bruit que l’on entend est celui des déplacés qui trébuchent sur les routes et le cri étouffé d’un système de santé qui rend l’âme. Le contraste est violent, presque obscène. Devant le Conseil de sécurité, le Dr Javid Abdelmoneim, président international de Médecins Sans Frontières (MSF), a jeté un pavé dans la mare des certitudes diplomatiques : la paix sur le papier ne soigne personne.

Depuis l’offensive du groupe rebelle M23, la géographie de l’Est congolais a été redessinée par l’exode. Ce sont plus de 200 000 personnes qui ont dû abandonner leurs terres, leurs récoltes et leurs souvenirs pour s’entasser dans des camps de fortune.

Ces déplacés ne sont pas des statistiques ; ce sont des visages marqués par l’épuisement. Ils ne voient pas de diplomates, ils ne voient que des groupes armés qui avancent et une aide humanitaire qui s’amenuise. La réalité du terrain est une fuite perpétuelle dans une boucle de violence qui semble n’avoir aucune fin.

Le diagnostic de MSF est clinique et sans appel : 85 % des structures médicales dans les zones de conflit sont en état de faillite technique. Les étagères des pharmacies sont vides, les blocs opératoires manquent de tout, et les soignants sont réduits à observer, impuissants, des décès que quelques dollars de médicaments auraient pu éviter.

Lorsqu’un hôpital n’a plus d’antibiotiques, plus de pansements, plus de poches de sang, il cesse d’être un refuge pour devenir un témoin de l’abandon. Le chiffre le plus glaçant, celui qui devrait suspendre toute séance diplomatique, est celui-ci : 28 000 survivants de violences sexuelles pris en charge par MSF en seulement six mois.C’est une moyenne de 155 victimes par jour. En RDC, le corps des femmes et des filles est devenu le champ de bataille d’une guerre qui ne dit plus son nom. Le viol est utilisé comme une arme de destruction sociale, une méthode chirurgicale pour briser la résilience des communautés. Chaque heure, six femmes voient leur vie basculer dans le traumatisme, pendant que les bourreaux, eux, bénéficient d’un silence assourdissant.

Face à ce chaos, MSF exige une transformation radicale de l’action internationale autour de trois axes vitaux :

– Une protection charnelle : Les accords doivent sortir des dossiers pour devenir des boucliers physiques autour des civils.

Une perfusion financière et médicale : Le rétablissement du système de santé doit être une priorité absolue pour prendre en charge l’hémorragie humanitaire.

– La fin de l’encre sympathique : Les engagements politiques doivent cesser de s’effacer dès que les caméras s’éteignent.

– Chaque promesse doit être convertie en une mesure concrète et vérifiable sur le terrain.

L’alerte de Javid Abdelmoneim sonne comme un avertissement : la diplomatie ne peut plus se payer le luxe de l’hypocrisie. La paix n’est pas un concept abstrait, c’est une réalité qui se mange, qui se soigne et qui protège.

On ne guérit pas d’une hémorragie avec des discours. En exposant la nudité du désastre congolais devant le Conseil de sécurité, MSF a brisé le miroir des illusions. La paix n’est pas l’absence de bruit des bottes, c’est la présence de la sécurité dans le lit d’une femme et de l’espoir dans le berceau d’un enfant. Si le cri de MSF reste sans écho, alors le silence de l’ONU ne sera pas celui de la paix, mais celui d’un immense cimetière à ciel ouvert.

La question n’est plus de savoir quand la guerre finira, mais qui restera-t-il pour vivre la paix ? »

Le monde ne peut plus se contenter d’observer l’Est de la RDC brûler en espérant que la fumée n’atteigne pas ses fenêtres.

Jerry Lombo


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