
L’Ituri, et plus particulièrement le territoire de Djugu, reste en proie à des violences sécuritaires chroniques qui mettent à rude épreuve la cohésion sociale et la stabilité de la province. Face à cette situation délétère, Tabo Makusi, ancienne députée nationale élue de cette circonscription jusqu’en 2023, a lancé un appel vibrant depuis Kinshasa en faveur d’un dialogue inter-Iturien immédiat comme clé de voûte pour réparer le tissu social déchiré et restaurer la paix.
Son analyse est claire : la solution aux maux Ituriens ne viendra pas uniquement d’en haut, mais doit être forgée par les communautés elles-mêmes, en cessant les querelles intestines et les campagnes de diabolisation qui minent l’unité.
Tabo Makusi met d’abord en lumière un problème d’ordre administratif qui, selon elle, contribue à la confusion sécuritaire, notamment dans le territoire de Djugu. Elle dénonce la division administrative observée dans la gestion du secteur de Walendu Djatsi (séparé en Djatsi Nord et Sud).
Cette fragmentation crée une opacité dans l’identification des auteurs des crimes perpétrés le long du corridor nord, compliquant la traçabilité et l’action des forces de sécurité. L’ancienne élue y voit une preuve de l’extension des exactions des miliciens qui touchent désormais la chefferie de Bahema Badjere, signalant une progression et une complexification de la crise au-delà de ses foyers initiaux.
Pour Tabo Makusi, la désorganisation administrative locale se superpose aux tensions communautaires, offrant un terrain fertile à la manœuvre des groupes armés, qu’ils soient locaux ou étrangers.
Au cœur de son plaidoyer, l’ancienne députée exhorte vivement l’Union des Associations Culturelles pour le Développement de l’Ituri (UNADI) à prendre ses responsabilités en organisant « très rapidement » un dialogue inter-iturien, qu’elle conçoit comme une « grande table ronde communautaire ».
L’objectif de cette initiative est fondamental : permettre à toutes les communautés locales de s’asseoir ensemble et de se « dire des vérités en face ». Ce processus d’échange interne, d’introspection et de reconnaissance mutuelle est perçu comme l’étape indispensable pour identifier les racines profondes des divisions et des ressentiments qui nourrissent la violence. C’est en faisant le travail de vérité au niveau local que les Ituriens pourront forger une vision commune de l’avenir et mettre fin au cycle de la vengeance et des tueries.
« Voyez comment le sang versé des Ituriens nous rend faibles… il y a moyen qu’on pense à une étape du développement », a-t-elle déclaré, soulignant à quel point les violences actuelles non seulement coûtent des vies, mais freinent tout espoir de progrès et de développement durable pour la province.
Tabo Makusi ne s’est pas limitée à appeler au dialogue communautaire ; elle a également interpellé ses pairs politiques. Elle a dénoncé avec vigueur la « campagne de diabolisation » menée par certains acteurs politiques contre d’autres, une tactique qui ne fait qu’aggraver la méfiance et la fracture au lieu de favoriser la recherche de solutions.
S’adressant spécifiquement à certains anciens collègues, comme l’ancien député national Ngabu Pkarr, elle recommande la maîtrise de la situation et exhorte les leaders à éviter de critiquer les autres dans les bistros sans un fondement correct. Son message est clair : l’heure n’est plus aux querelles politiciennes stériles, mais à l’unité et à l’action constructive pour la survie de l’Ituri.
Les tueries incessantes, insiste-t-elle, constituent des actes qui dévalorisent les fils et filles Ituriens au niveau national, ternissant l’image de la province et affaiblissant leur position dans les arènes du pouvoir national.
L’ancienne élue a enfin adressé ses sincères compassions aux habitants de la chefferie de Mambisa (notamment Mabanga, Nizi, Ndookebo) dans le territoire de Djugu, durement frappés par les récentes crises sécuritaires. Elle a déploré non seulement les meurtres commis par les milices, mais aussi les « dérapages de certains éléments incontrôlés des forces de l’ordre et de défenses », reconnaissant ainsi la double peine subie par les populations civiles.
Tabo Makusi a réitéré son appel pressant au Gouvernement Congolais pour qu’il prenne ses responsabilités et garantisse de manière effective la sécurité aux civils locaux, en particulier ceux du territoire de Djugu, victimes d’atrocités depuis la résurgence des violences à la fin de l’année 2017.
Le message de Tabo Makusi est un rappel que l’effort de paix en Ituri est une course contre la montre, nécessitant une convergence des actions militaires de l’État et d’un processus politique et social inclusif mené par les Ituriens eux-mêmes.
Jonathan Basimaki
